.Je suis ta Lolita, ta folie. Celle que tu touches, que tu couches, que tu louches. Je nourris tes obsessions lubriques, un autre monde où tu m'as fait reine, celui de tes fantasmes...
Et toi tu es mon Oedipe, mon roi et mon héros déchu. Tu es le voleur de mon innocence et l'assassin de ma foi du lendemain-espoir. Ma vie est une interminable attente, long couloir dont je n'espère même plus la fin...
Il est bien loin le temps de nos premiers émois, à peine une vague qui se rabat sur le désir. Et à jamais mon corps frêle appelera à ta sensualité, éveillant en toi une lubricité sans faille, lorsque la luxure te donne l'illusion de m'aimer, moi ta nymphette, comme un père aime sa petite Dolorès...
Me reviennent en mémoire ces soirs enfantins, lorsque, pour que je ne m'effraie, tu ne prenais que ma bouche. Mais la faim est sans fin et aujourd'hui du fond de notre précipice tu m'accable d'infâmes prières pour que je t'ouvre mon corps - mon corps ce champ de ruines dont tu pris possession il y a bien des années déjà, mon corps, celui que j'ai déserté depuis. Je ne sais plus rien de moi...
De nos éreintes je ne garde que le goût acre de la souillure et de l'humiliation retenue, celle qu'on ravale comme un cri de désespoir inoportin. Mon supplice ne prendra fin qu'une fois l'agonie ponctuée par le rauque de ta voix, par l'orgasme coupable mais salvateur. Et enfin je pourrais m'abandonner au sommeil-oubli. Tu me murmureras milles mots d'amour que je n'entendrais déjà plus car j'aurais fui, fui ce soir sans grâce aucune. Je jouerais l'endormie pendant que tu mouilleras nos draps sales de tes larmes de faux repenti. Et encore une fois il me faudra serrer les dents alors que tu empliera mon doux silence de tes paroles désolées, nouveau blasphème pour mon âme disgraciée.
Dolorès Haze.
Le 12.10.07Photo de Peter Lindbergh..