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Je revois ce concert. Oh oui, je m'abreuve des notes de ce dernier morceau. Comme l'offre d'un voyage au loin, d'un ailleurs, d'un oubli possible. Mais on n'oublie jamais vraiment ce passé ancré si profondémment en nous. On vit avec cette nostalgie au creux du corps et c'est de ce temps perdu que je nourrie mon évasion, quand la nuit me semble trop noire, le monde trop immense. Un rien me ramène à ces jours d'autmone, aux feuilles rougies par la saison, à ce lampadaire si rond, si brillant qu'on aurait dit la lune dans un arbre... Ces notes mélancoliques, lui amoureux fou de sa musique, vibrant avec les cordes de sa guitare, cette lumière d'iréel, de jamais atteint. Ce soir là encore me rappelle étrangement autrefois. Autour de moi les cris, les corps se heurtant, dansant leur liesse. Et pourtant rien de tout cela ne pouvait exister en cet instant précis. Il n'y avait que moi et lui, lui me ramenant a ce souvenir de toi. Rien d'autre au monde que cela... Le temps aurait pu s'arrêter, aurait dû.... Et les yeux perdus, je contemplais cela: cet homme faisant l'amour a sa guitare. Et au travers lui: ce qui avait été, ce qui n'est plus, ce que je n'ai jamais oublié, ce que je m'invente. Et alors le tempo s'accélère. Les notes se déversent en une cascade de sentiments, se déversent comme un besoin et une nécessité, se déversent et se jettent dans le néant de l'instant. Tout est perdu et pourtant, toujours j'y reviens. Et alors que je marchais seule, pensant ces mots là - ces mots que j'aurais voulu écrire plus beaux, auxquels j'aurais voulu réussir à vraiment coller cette détresse que je porte en moi - alors même que j'avancais en pensant à ces mots tu es apparu, tu étais la devant moi. Telle est ma douleur. Elle réside en cette impossiblité de passer aux adieux, de fuir ta présence, cette présence qui toujours finis par s'imposer et me rapelle ce feu qu'autrefois tu as allumé en moi. Cela fait longtemps qu'il n'a été attisé, mais c'est là, au creux de mon corps et de mes souvenirs. Comment y renoncer? C'était hier. Je le voudrais demain. Et puis leur voix se mèlent, je ne peux comprendre les mots, mais ils me parraissent monter au ciel comme une prière. La musique se fait tragique, brisée, une déchirure. Un point de non-retour: se complère dans l'autrefois que l'on se raconte. Les névroses nocturnes.
Le 07.03.07
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